Les “sociostyles”

Tu ne serais pas un “survivor idéaliste” par hasard ? 

Les socio-styles du CCA

Les socio-styles du CCA

Dans les années 70, apparaît dans le monde du marketing français un personnage qui dénote.

Je me rappelle de la première réunion organisée devant la direction d’une grande banque française pour écouter celui que nous appelions entre nous “le gourou”.

Chemise à fleur ouverte sur une poitrine velue enluminée d’une médaille d’une taille respectable. On ne pouvait pas le manquer dans cet aréopage de costumes à rayure tennis coupés sur mesure.

Mais Bernard Cathelat, car c’était lui, avait des informations passionnantes à nous communiquer sur nos clients. Concepteur d’une méthodologie innovante, il a vraiment apporté une réflexion différente sur les comportements des clients à travers l’ évolution de leurs tendances sociologiques.

 Son principale concurrent (Comfremca, devenu plus tard Sociovision) proposait à la même époque une méthodologie voisine d’analyse des tendances de la société, mais la personnalité de Bernard Cathelat bousculait bien davantage les Directions générales.

Bernard Cathelat

Le Gourou bousculait les audiences compassées des directions marketing

Les principes d’études par socio-styles :

la méthode mise en oeuvre est lourde et complexe. Il s’agit de procéder à des sondages de grande dimension (3000 variables réparties en 300 questions soumises à un échantillon représentatif de 2 à 3000 personnes pour ce qui concerne le CCA de Bernard Cathelat et 15 000 interviews deux fois par an pour mesurer l’évolution des socio-styles ).

On aboutit par une analyse quantitative sophistiquée à la construction d’une typologie d’une dizaine à une quinzaine de sociotypes aux noms très évocateurs, envisagés tant dans les différents aspects de leurs modes de consommation, que dans leurs opinions politiques ou leurs aspirations (l’étude Laserscopie, certes beaucoup moins ambitieuse que les études du CCA ou de Sociovision utilise par exemple des dénominations de profils caractéristiques de ce genre de présentation : Les décomplexés, les contraints, les désimpliqués, les gestionnaires etc.)

Le CCA mesure aussi la dynamique d’évolution des socio-styles dans ce qu’il appelle les prospectives de vie.

Ainsi nous pouvons avoir accès à une information très riche sur la manière dont nos consommateurs appréhendent le présent. Mais nous pouvons aussi percevoir les comportements qui émergent, ceux qui disparaissent ceux qui se généralisent.

Ces études sont devenues très populaires à la suite de leur utilisation par des conseillers d’hommes politiques.

L’utilisation des études de la Cofremca par Jacques Séguéla pour construire un territoire de communication propre à raccorder les Français et François Mitterrand à l’occasion des élections de 1981 est devenue célèbre.

En janvier 1981, François Mitterrand a choisi Jacques Séguéla comme responsables de campagne.

François Mitterrand pensait bien connaître les Français et leurs revendications parce qu’il en voyait beaucoup et qu’il lisait beaucoup sur eux, comme beaucoup de présidents de sociétés.

Il fut interloqué par l’une des enquêtes de la COFREMCA que lui présentèrent Jacques Séguéla et Jacques Pilhan. 
A la question posée : Quel est le candidat qui serait le mieux accepté par les différents groupes d’individus appartenant aux socio-styles identifiés à l’époque (les socio styles : utilitaristes, branchés, libertaires, décalés, frimeurs…) ?

Les réponses faisaient apparaître un chiffre qui interpella François Mitterrand et ses compagnons : 42% des français sont ouverts au changement mais soucieux d’ordre.

Dès lors, face à Valérie Giscard d’Estaing qui incarnait “le président” en pleine force de l’âge, l’expert des questions économiques et politiques, il fallait prendre le contre-pied. D’où l’idée de construire l’image d’un François Mitterand homme d’expérience, un sage, un homme d’autorité dans le registre d’un père de famille.

Le concept de “Force tranquille” était né avec le succès que l’on sait.
Source : Jean-Marie Houdoux “Méfions-nous des présidents” (parution 2009)

Voilà un excellent exemple d’un choix de positionnement marketing défini à partir d’une bonne connaissance des clients.

La mise en oeuvre opérationnelle :

Finalement, malgré la qualité de sa prestation, ce n’est pas Bernard Cathelat et le CCA qui ont été retenus par ma Direction Générale pour travailler avec nous mais Sociovision.

Nous avons utilisé les socio-styles dans la conception de nos communications et nous avons tenté de les utiliser dans le domaine de la relation client pour mieux cibler les consommateurs de crédit à la consommation.

Le pari était osé, comment transposer une vision nationale de grandes tendances à une cible réduite. Comment identifier les aspirations d’un petit groupe de nos clients dont ne connaissions que peu de choses à partir d’informations aussi riches sur des groupes nationaux.

Malgré tout, nous avons tenté de trouver des variables nous permettant de projeter sur notre base de clients les différents socio-styles consommateurs de crédits. Nous avons ensuite adapté notre discours aux segments de consommateurs de crédit à la consommation que nous avions pu identifier.

Le travail d’analyse a été considérable, compte tenu de l’importance de notre base de données clients, nous pouvions heureusement disposer d’effectifs suffisants des différents socio-types. Les résultats n’ont cependant pas été très supérieurs à ceux que nous obtenions avec des méthodes plus simples et le projet a été abandonné.

Un grand établissement public réalisera plus tard la même expérience avec le même résultat.

Les socio-styles et les prospectives de vie demeurent un formidable outil de compréhension des consommateurs et de leurs aspirations. C’est un outil indispensable à tout responsable de marketing travaillant sur des bases de données importantes.

Mais pour la mise en oeuvre opérationnelle des orientations qu’ils induisent, il est préférable de disposer ensuite de sa propre segmentation comportementale.

Segmentation comportementale : mort annoncée

Mort annoncée d’une segmentation comportementale

segmentation comportementale

mort d'une segmentation

Pourquoi les segmentations comportementales meurent-elles ?

Et combien de temps sont-elles utilisables avec de bons résultats ?

Nous nous intéresserons aux segmentations développées par les grandes entreprises disposant d’un grand nombre de clients (banques, compagnies d’assurances, grand courtiers d’assurances, grande distribution, édition, constructeurs d’automobiles  etc.)

Le premier facteur d’obsolescence, c’est l’évolution des comportements :

Par construction, les segmentations comportementales visent à construire des groupes de clients dont les comportements sont stables.

Les comportements retenus correspondent à des courants qui traversent toute la population.

Il ne serait pas raisonnable d’agir autrement compte tenu du coût de création d’une telle segmentation et de l’investissement nécessaire pour déployer ce genre de segmentation à l’ensemble des métiers et à l’ensemble des acteurs en contact d’une entreprise.

Sauf grave crise, on peut considérer que les comportements identifiés ont une durée de vie d’environ  5 à 8 ans.

Les comportements nouveaux qui émergent ont besoin de temps pour se diffuser, ils s’affirment progressivement.

Illustrons ce propos par l’utilisation d’internet dans l’achat de produits de voyages.

Internet est apparu avec des fonctions de e-business dès les années 95-97. Déjà les instituts d’étude annonçaient un futur raz de marée pour ce type d’achat. Dès 1998 apparaissent en France des « Pure-players » de la vente en ligne.

Dans le domaine de l’e-tourisme, Nouvelle Frontière ouvre son premier serveur commercial en 1995. Il propose des enchères dès 1998 et en 2010 l’e-tourisme est une question de survie pour les voyagistes.

Mais on peut considérer que c’est seulement à partir de 2003 avec l’arrivée du haut-débit et surtout dans les années 2006-2009 avec sa large diffusion, que les volumes d’achats sur internet imposent la prise en compte de ce comportement dans la construction d’une segmentation comportementale.

Une segmentation comportementale créée dans les années 1995 pouvait ignorer le phénomène, elle devait être adaptée à la marge en 2000 pour identifier les « pionniers » de l’internet sans nécessiter une importante refonte.

En revanche à partir de 2003, elle nécessitait une refonte importante pour prendre en compte ce comportement d’achat qui touchait désormais une population significative et qui caractérisait une nouvelle manière d’acheter.

Mais parfois des modifications de comportements peuvent très brutales.

Il faut toujours rester aux aguets vis-à-vis de comportements émergents, ou de comportements qui connaissent un frein à leur expression.

Une évolution réglementaire, une crise économique, l’apparition d’un nouvel intervenant peuvent brusquement élargir le champ d’expression d’un comportement jusque-là limité à une niche de clients ou simplement temporairement «masqué ».

Illustrons ce propos par la vente de lunettes correctrices sur Internet.

La vente de lunettes correctrices se fait en magasin spécialisé, la France ayant longtemps refusé d’ouvrir cette activité commerciale sur Internet.

De grandes enseignes de ventes de lunettes en magasin ont ignoré le potentiel d’achat de ces produits sur Internet.

L’achat d’un produit aussi technique leur semblait impossible sur ce canal.

Mais seul la loi était un obstacle, le comportement d’achat existait potentiellement chez les consommateurs. Dans ce cas ne pas s’y préparer en identifiant le comportement potentiel est un vrai danger.

Les points de vente se sont multipliés.

Mais l’Europe a imposé à la France de supprimer l’interdiction de vente sur Internet.

Ceux qui n’ont pas anticipé le mouvement risquent bien d’en mourir. Tout le monde s’accorde pour dire qu’internet prendra très vite une part de marché significative à cause de l’attrait du prix sur ce canal. Beaucoup de points de vente vont fermer, des enseignes qui n’ont pas prévu de s’adapter sont clairement en danger.

Ceux qui n’ont pas prévu ce comportement d’achat dans leur segmentation doivent vite réagir.

Le deuxième facteur d’obsolescence, ce sont les données identifiant les comportements :

Les comportements ne sont pas directement lisibles dans le système d’information.  Ils sont interprétés à partir de données qui elles sont disponibles.

Les données utilisables sont celles dont on dispose dans la base de données des clients, avec  leurs qualités et leurs défauts.

Prenons le cas d’une banque :

Imaginons un comportement de clients inquiets pour l’avenir.  Ces clients aux revenus dans la moyenne française, épargnent chaque mois une part importante de leurs revenus en surveillant strictement leurs achats.

Appelons-les, des clients ayant un comportement « d’épargne par l’effort».

Dans la base de données clients on les reconnait aux fréquentes visites en agence bancaire, la détention de plus de 3 produits d’épargne, l’absence de découvert bancaire et la consultation, deux fois par mois, des soldes de leurs comptes d’épargne sur internet. Ils sont très réactifs aux augmentations de tarifs.

Tout client qui a ses caractéristiques est donc associé au comportement « Epargne par l’effort ».

A côté de cela, imaginons un comportement « d’épargne insouciante ». Ces clients dépensent beaucoup et ne se soucient pas des frais qui leurs sont facturés. Mais leurs revenus sont tels que le solde de leur compte en fin de mois peut « nourrir » leurs comptes d’épargne sans effort particulier.

Ils seront par exemple caractérisés par un grand nombre d’opérations sur leur compte chaque mois, et par un virement vers les comptes d’épargne lorsque leur compte dépasse un certain seuil. Ils ne sont pas du tout réactifs aux augmentations de tarifs. Ils ne consultent que rarement leurs soldes sur Internet

La qualité d’attribution du comportement dépend de la qualité des données.

Si des données sont fréquemment manquantes, si la qualité des données collectées se dégrade, l’identification du comportement va aussi se dégrader.

Une segmentation qui s’use si l’on s’en sert.

De plus cette segmentation a été conçue pour permettre d’améliorer la profitabilité des clients par la mise en œuvre d’actions commerciales adaptées.

Une banque va chercher généralement à transformer l’épargne courte en une épargne longue, Dans le cas qui nous sert d’illustration, la banque souhaitera inciter les « épargnants insouciants » à mieux suivre les soldes de leurs comptes de dépôt pour effectuer plus rapidement leurs virements sur leurs comptes d’épargne (pour stabiliser cette épargne et fidéliser le client).

Elle va chercher à rencontrer ces clients (visite en agence), elle va les inciter à consulter leurs comptes plus fréquemment (consultation de leurs comptes sur internet) et les inviter à effectuer des virements plus fréquemment pour améliorer la rentabilité de leurs économies.

Au final, les critères qui permettaient de les repérer ne vont plus être aussi distincts. Pour un certain nombre d’entre eux, leurs caractéristiques dans le fichier clients deviendront très proches de celles des « épargnant par l’effort ».

C’est cette mécanique qui fait vieillir non pas les comportements, mais leur identification dans le système d’information.

Enfin, tenons compte du vieillissement des données elles-mêmes :

L’identification des comportements reposant sur la pertinence des données de la base de données client, il est essentiel d’en assurer la qualité.

Ce n’est pas le moindre des problèmes, car les données vieillissent très vite.

Les données concernant la profession, l’adresse changent très rapidement (une vérification tous les 2 ou 3 ans est indispensable).

La composition de la famille change aussi très vite (phénomène des familles recomposées)

L’arrivé de nouvelles offres conduisent parfois à créer de nouveaux champ de valeur pour une même donnée, ce qui changent la nature de la donnée.

Ainsi la gestion de la donnée de la base de données client va avoir une grande influence sur la durée de vie d’une segmentation comportementale.

Les segmentations comportementales sont des outils précieux du marketing relationnel, mais ce sont aussi des objets fragiles, qui nécessitent une surveillance et des soins constants, ces facteurs sont à prendre en compte avant d’envisager la création d’une telle segmentation.

Les études par questionnaire

“Diriez-vous que vous êtes plutôt satisfait ?”

Les études utilisent fréquemment le support d’un questionnaire pour collecter l’avis des consommateurs.

enquête par téléphone

les études

La collecte des informations peut se faire en face à face ou par téléphone, l’intervenant pose des questions au consommateur en se référant à un questionnaire.

Il est aussi possible d’utiliser la technique du questionnaire “auto-administré”. Dans ce cas c’est le consommateur lui même qui suit le questionnement du formulaire proposé et répond directement aux questions.

Il existe toutefois plusieurs manières d’utiliser ces questionnaires en fonction de l’objectif poursuivi.

Internet en particulier introduit beaucoup de variété dans la mise en place de ce type d’ étude.

Mais parlons déjà de ce qui se faisait avant le règne d’Internet et que l’on continue encore à utiliser.

Les études par questionnaire :

Nous avons tous un jour ou l’autre reçu un appel téléphonique nous proposant de donner notre avis sur un service.

Il suffit d’avoir confié sa voiture à son concessionnaire, d’avoir acheté un voyage ou d’avoir fait une commande de capsules de café pour recevoir ce genre d’appel.

Un téléacteur vous demande de donner votre avis sur le service rendu. Il suffit de 15 à 30 minutes pour recueillir votre sentiment.

“concernant la prise de rendez-vous, diriez-vous que vous avez été très satisfait, plutôt satisfait…”.

Souvent trop long, ces questionnaires vous conduisent au bout de 20 minutes à expédier les réponses pour en finir. Vous vous déclarez “très satisfait” de tout…ouf c’est fini.

Quand ce n’est pas votre interlocuteur qui accélère le rythme des questions et vous suggère des réponses pour aller déjeuner avec ses collègues qui commencent à quitter le bureau.

Pourtant il ne faudrait pas “jeter le bébé avec l’eau du bain”, ces questionnaires peuvent apporter beaucoup.

Les questionnaires en face à face et par téléphone :

L’étude réalisée sur la base d’un questionnaire est le plus souvent très efficace.

Un grand nombre de consommateurs peut être interrogé pour des coûts raisonnables, ce qui permet de tirer des conclusions sur des échantillons qui sont représentatifs sur le plan statistique.

Comme ce sont les mêmes questions qui sont posées à tous les consommateurs, il est possible de traiter informatiquement les réponses et de faire des analyses statistiques sur les résultats obtenus.

Le questionnaire administré en face à face donne évidemment les meilleurs résultats. L’intervenant qui administre le questionnaire peut expliquer les questions et s’assurer que le consommateurs comprends bien la réponse qu’il donne.

Il permet aussi d’introduire plus facilement des questions ouvertes qui permettront une meilleure interprétation des réponses obtenues.

On peut alors poser des questions plus “impliquantes” ou plus riches en nuances de réponses possibles.

Mais lorsqu’on souhaite s’adresser à un grand nombre de consommateurs, on préfère utiliser un questionnaire “standardisé” administré le plus souvent par téléphone.

On retrouve dans ce cas les difficultés liées à la qualité du recrutement, à la représentativité de l’échantillon (mais il est possible de le redresser) et surtout à la qualité de l’administration du questionnaire.

Il est essentiel de s’assurer de la réelle implication des personnes qui posent les questions par téléphone, si on veut éviter la situation cauchemardesque décrite au début de notre article, des questionnaires gâchés.

Heureusement le plus souvent les volumes de réponses collectées permettent de faire le tri et de reconstituer des résultats pertinents.

Reste la difficulté de joindre les clients. Les clients sont de plus en plus difficiles à joindre par téléphone à leur domicile. On rencontre de plus en plus souvent des entreprises qui ne disposent pas d’un numéro de téléphone à jour. De plus, tous les questionnaires ne s’adaptent pas à un entretien avec un client en situation de mobilité qui répond avec un téléphone portable.

Ce sont des raisons qui poussent de plus en plus à utiliser Internet pour collecter les avis des clients.

Les questionnaires auto-administrés par courrier :

C’est le consommateur qui remplit lui-même le questionnaire qui lui est adressé. Autrefois les questionnaires étaient adressés par courrier mais aujourd’hui ils sont de plus en plus fréquemment soumis au consommateur sur Internet.

On introduit un biais dans la sélection des “répondants” puisque seuls les consommateurs qui souhaitent remplir le questionnaire le font réellement. Ce qui correspond parfois à un certain type de consommateurs.

Mais compte tenu du volume de questionnaires reçus, on peut sélectionner les questionnaires qui constitueront un échantillon représentatif.

 En soi, ce problème ne nuit donc pas à la qualité de l’étude si la reconstruction d’un échantillon représentatif est bien maîtrisée.

En revanche, la construction de ce type de questionnaire nécessite l’intervention d’un spécialiste de ces techniques.

La question doit être très claire. Elle ne doit pas laisser place à l’interprétation.

Quant aux réponses, elles doivent être particulièrement bien pensées pour ne pas laisser le consommateur dans une expectative qui le conduirait à répondre au hasard ou à abandonner le questionnaire.

Il doit y avoir une même distance sémantique entre les réponses.

Les risques associés aux questionnaires :

Nous avons déjà évoqué les risques liés à la constitution d’un échantillon représentatif, au choix des questions et des réponses et au biais qui peut être être introduit par celui qui administre le questionnaire lorsque c’est le cas.

Parfois s’ajoute à ces risques le souhait de maintenir les mêmes questions sur une longe période pour suivre des critères qui évoluent lentement.

Lorsqu’une entreprise veut suivre l’évolution de la satisfaction des ces clients au fur et à mesure des mois ou des années, il faut pouvoir utiliser les mêmes questions et les mêmes réponses sur une longue période. Mais pendant ce temps l’environnement et l’offre de service de l’entreprise évolue. Il faut savoir faire évoluer le questionnaire sans déstabiliser cet outil de mesure.

J’y ajouterais la nécessité de ne pas décevoir le consommateur. Pour le consommateur ce questionnement est un moyen de dialoguer avec cette marque. Puisqu’il consacre du temps à cet échange, il souhaite pouvoir faire entendre son opinion.

Or le jeu des questions fermées empêchent le plus souvent le consommateur d’exprimer une opinion. Alors les consommateurs peuvent se sentir frustrés par cet exercice et développer une mauvaise image d’une marque ou d’un service dont ils sont pourtant des clients “satisfaits”.

J’ai eu l’occasion de recueillir l’avis de consommateurs soumis à un questionnaire réalisé par la RATP pour évaluer la situation de la ligne 13 . C’était à un moment difficile pour cette ligne ( incidents techniques, retards…). Les questions étaient posées de telle manière qu’à aucun moment il n’était possible d’évoquer la dégradation du service, frustrant et énervant. Les consommateurs étaient plus en colère encore après avoir répondu à ce questionnaire.

De même un questionnaire administré par Toyota après un passage en atelier. Un client dont la voiture lui ‘avait été restituée parfaitement nettoyée mais avec une ampoule de phares “grillées”, alors qu’il partait le soir même pour un long itinéraire.

Les questions portaient sur l’accueil, la bonne réalisation de la réparation demandée (ce qui était le cas), sur la propreté du véhicule à sa restitution. A toutes ces questions les réponses étaient évidemment positives.

Le bilan de suivi de la qualité avait de quoi rassurer Toyota sur le niveau de  satisfaction de ce client. Et pourtant il était très mécontent.

Il faut donc pouvoir ouvrir un espace de dialogue avec les consommateurs qui le souhaitent, pour ne pas être contre-productif en générant de l’insatisfaction à cause même de la méthode d’enquête.

Prévoir par exemple un rappel du consommateur qui souhaite s’exprimer davantage.

Au final, dans quels cas les questionnaires doivent-ils être utilisés.

Lorsqu’il s’agit d’un questionnaire administré en face à face par un intervenant qui est formé à la technique et qui peut utiliser des questions ouvertes, la  méthode de recueil d’information par questionnaire permet de réaliser des études “quali” ou “quanti” d’excellente qualité mais à un coût significatif.

Lorsque le questionnaire est administré par téléphone et à plus forte raison s’il est auto-administré, les sujets traités seront plus simples, plus circonscrits et il faut s’appuyer sur des volumes important de réponse. On peut alors redresser les échantillons et corriger les anomalies liées à des questionnaires incomplets ou mal remplis.

Les études en focus groupe

“Chacun parlera à son tour “

Parmi les techniques de compréhension des comportements, les études ou analyses en “focus groupe” ont constitué longtemps un dispositif de référence.

les études “quali” en Focus Groupe :

Il y a bien longtemps que le marketing cherche à comprendre les comportements des consommateurs.

La analyses qualitatives  mises en places depuis plus de cinquante ans visaient déjà à deviner les goûts des consommateurs et à anticiper les décisions d’achat.

Depuis longtemps on avait compris qu’il était nécessaire de mieux discerner ce qu’il y avait derrière les mots utilisés par les consommateurs pour justifier leur acte d’achat ou leur refus d’acheter.

Dans un article de 1950 déjà, Haire proposait d’inciter le consommateur à se projeter dans l’acte d’achat pour mieux exprimer les ressorts de sa décision.

Description des “Focus Groupes” :

Dans le cadre des études qualitatives sous forme de “Focus Groupes”, quelques consommateurs (une dizaine généralement), participent à une réunion animée le plus souvent par une personne disposant d’un formation en psychologie ou en sociologie. Elle conduit l’entretien pour leur faire exprimer leurs attirances ou leurs rejets vis à vis de propositions de produits ou de services ou encore de communications publicitaires.

Cette réunion enregistrée fait l’objet d’une analyse par des experts qui décryptent le sens des interventions des consommateurs.

Ces analyses sont pleines d’enseignements, elles permettent assez simplement de comprendre ce qui génère l’adhésion à une proposition et ce qui génère des freins.

Toutefois bien que séduisantes sur le principe et bien que  réalisées, le plus souvent,  par des cabinets spécialisés et compétents, on leur a pourtant reproché bien souvent de conduire à des échecs commerciaux.

Les difficultés de réalisation  :

Pourquoi tel produit qui semblait recueillir les suffrages des consommateurs lors de “Focus Groupes” n’a-t-il pas rencontré son public ?

Examinons les risques associés à cette technique :

La constitution de l’échantillon :

La première difficulté consiste à réunir un échantillon sinon représentatif, au moins caractéristique de la cible de clients recherchée.

La sélection s’opère généralement par téléphone à partir de listes de clients fournies par l’entreprise pour laquelle l’étude est réalisée.

Il existe un biais dans cette étape, ce biais est lié au type de personnes accessibles par téléphone et à la disponibilité des personnes recherchées.

Un questionnaire est administré pour s’assurer que la personne invitée correspond bien aux critères recherchés. Ce questionnaire est très important et doit être renseigné avec un grand professionnalisme.

La maîtrise de l’échange :

Il faut de plus parvenir à écarter les “professionnels” de ce type d’étude. Ce sont des personnes qui connaissent la méthode, savent qu’elles seront dédommagées et qui sont toujours prêtes à répondre “présent” à ce type d’invitation.

J’ai rencontré comme cela, des personnes qui nous parlaient de quantités d’études auxquelles elles avaient participé.

Lorsque l’on rencontre ce genre de personne dans un groupe, il est extrêmement difficile de conduire la discussion. Il faut un animateur très expérimenté. J’ai connu une situation où l’animateur était totalement désemparé face à une personne qui avait pris en main la discussion et utilisait cette occasion pour expliquer les avantages d’un produit concurrent qui lui avait été présenté dans un “Focus Groupe” la semaine précédente. L’animateur m’appelle pour me demander s’il devait arrêter ou continuer l’entretien.

On peut aussi se retrouver en face d’un “leader” qui va ranger à son opinion la totalité des invités et prendre à son compte l’échange avec l’animateur, parfois de manière violente.

Tout dépend bien entendu du sujet. S’il s’agit d’un test de barre chocolatée, sauf à rencontrer un opposant farouche et de surcroît victime de sur-poids, on a moins de chance de déclencher des réactions violentes, que si on aborde le sujet des frais bancaires ou des essais  sur les animaux en laboratoire.

La constitution d’un groupe représente un coût non négligeable et une logistique importante. On se limite en général au nombre minimum de groupes. Si un ou plusieurs groupes sont infructueux, c’est toute l’étude qui peut s’en trouver menacée.

Les difficultés de l’interprétation :

Il faut ensuite bien évaluer l’effet de  filtre d’une interprétation humaine.

Celui dans un premier temps de l’expert qui conduit l’entretien. Certains favorisent vraiment l’émergence des valeurs et des attitudes, d’autres moins habiles ou moins expérimentés étouffent des voies de travail passionnantes. Les échanges durent 2 ou 3 heures au maximum, ce qui est très rapide. On n’aura pas toujours le temps de faire resurgir une bonne idée que l’on a escamotée.

Celui dans un deuxième temps de l’expert qui va analyser la discussion. Les échanges entre l’animateur et le groupe sont enregistrés dans une vidéo qui est ensuite analysée et décortiquée par un spécialiste. En général ils sont très habitués à cet exercice et très expérimentés. Mais il peut arriver qu’ils introduisent un biais par leur compréhension du sujet ou par le nature de la commande qui leur a été passée par l’entreprise. Il m’est arrivé de rencontrer des cas de résultats très sévères pour l’offre testée qui étaient présentés d’une manière que nous appellerons “positive” pour ne pas effrayer l’entreprise cliente.

Enfin, il faut évoquer le filtre constitué par la compréhension du commanditaire. C’est à dire du personnel de l’entreprise qui a commandé l’étude. L’expérience du commanditaire est très inégale.

Les résultats de l’étude sont en général présentés aux directions des études ou du marketing. La compréhension dépendra de la maturité et de l’expérience des employés de ces directions et là encore, on trouve tous les cas de figures.

Les comportements qui ressortent des études qualitatives sont souvent riches et complexes et ne répondent pas toujours à l’attente des experts de marketing qui souhaitent une réponse binaire “ça marche ou ça marche pas”.

Au final, soumise à des  ”Focus Groupes” saurons-nous si cette offre ou cette cette affiche “marchera” ou non ?

La technique du “Focus Groupe” est tout à fait capable de délivrer une réponse pertinente pourvu que la problématique ne soit pas trop complexe. Mais encore faut-il que la technique soit totalement maîtrisée par le prestataire qui la met en oeuvre et le résultat bien interprété par le commanditaire.

Segmentation comportementale / 5 objections

La segmentation comportementale : objections et réponses

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                La segmentation comportementale apparaît comme un idéal de connaissance des clients et pourtant relativement peu d’entreprises en sont réellement dotées. Quelles sont les objections les plus courantes et quelles réponses y apporter ?

Rappelons que la segmentation comportementale vise à saisir le “pourquoi” là ou les méthodes précédentes s’attachaient surtout à expliquer le “comment”. 

  • La segmentation comportementale donne des indications sur les raisons pour lesquelles un client est en relation avec nous.
  • Elle prédit avec une assez bonne précision, le plus souvent, les réactions des clients aux offres commerciales.
  • La segmentation comportementale de projeter dans l’avenir l’évolution du comportement d’achat ou d’utilisation des canaux.

Alors pourquoi s’en priver ?

Mon fichier n’est pas assez important :

Il est vrai qu’une segmentation comportementale ne se justifie que lorsque le fichier de clients atteint une certaine taille. Si on peut identifier les comportements de ses clients lors de visites sur les différents canaux et s’en souvenir, il n’est pas nécessaire de réaliser une construction statistique complexe.

Ceci dit, dès que le nombre de clients actifs atteint 10 000 ou 20 000, il est tout a fait pertinent de construire des indicateurs de comportements.

C’est un investissement que je ne peux pas me permettre :

C’est sans doute l’objection que je rencontre le plus souvent.

Il est vrai que la mise en place d’une segmentation comportementale représente un coût initial qui n’est pas négligeable. Il s’agit d’un projet à part entière (étude qualitative, étude quantitative, construction statistique des segments, sites pilotes, redressement statistiques, formation des utilisateurs, déploiement).

Au regard des avantages apportés par la connaissance acquise sur les clients, l’investissement est toutefois très raisonnable.

Qui contesterait la légitimité d’un investissement majeur dans un lieu de vente bien situé, avec un fort passage de clients potentiels.

On accepte facilement un retour sur investissement d’une année ou davantage dans un lieu de vente et l’on hésite parfois à considérer le projet de construction d’une segmentation comme un investissement essentiel.

Pourtant une connaissance fine des clients est à l’origine de toutes les décisions commerciales. Elle précède le choix de localisation des points de vente, le merchandising, l’organisation du Réseau, la conception de l’offre produit et la conception de l’offre de canaux.

Vue comme cela, l’investissement dans la construction d’une segmentation comportementale n’apparaît plus aussi excessif, pour peu que l’on s’adresse à des spécialistes qui ont déjà réalisé ce genre de segmentation et qui vous font éviter les pièges coûteux des novices en la matière.

Les commerciaux n’en veulent pas : 

Cette objection est souvent liée à une expérience malheureuse dans le domaine.

Une segmentation comportementale, si elle est bien faite, apporte beaucoup de richesse dans la compréhension des comportements des clients.

Mais par sa richesse même, elle est souvent complexe dans son contenu.

Les commerciaux n’ont ni le temps, ni le désir de comprendre les finesses comportementales de 20 ou 30 types de clients. De plus ils opposent souvent leur incapacité légitime à identifier en quelques secondes le segment d’appartenance d’une personne qui franchit le seuil de la porte. Et ils ont raison, une segmentation comportementale doit s’adapter à ses utilisateurs.

Ce problème vient de la construction même de la segmentation. Beaucoup de ces segmentations sont réalisées à l’initiative de la Direction du Marketing qui pense en premier lieu à construire des segments de clients qui lui seront utiles dans sa conception de l’offre commerciale. Ce sont souvent des segments hérités d’étude sociologiques ou d’études des courants de comportements.

Dans ce genre de construction on trouve parfois des segments qui n’ont aucun sens pour un réseau commerciale. J’ai trouvé dans une construction des noms tels que “afficionados versatiles”. Il s’agissait de reconnaître des clients susceptibles d’accepter un crédit à la consommation dans un point de vente d’automobiles. Inutile de dire que les vendeurs de voitures ont violemment rejeté cette segmentation.

Si la segmentation doit être utilisée par plusieurs publics, il est nécessaire de la décliner avec des noms et des contenus de segments appropriés à l’usage qui en est fait. Il est parfois nécessaire de regrouper des comportements en types de clients plus simples à appréhender sur le plan opérationnel.

C’est toute l’expertise de construction de ces segmentations qui sont finalement maîtrisées par assez peu de personnes en France.

Je ne dispose pas des données nécessaires : 

C’est l’objection qui tue. Sans données, il ne faut pas espérer construire une segmentation comportementale intéressante.

Par construction on va chercher à identifier des comportements relevés lors des études quali/quanti puis on va les “projeter” sur les clients du fichier à l’aide des données du fichier client.  La quantité et la qualité des données disponibles est essentiel à un travail sérieux de segmentation comportementale.

En cas d’absence de données, il faut revenir à une étape de collecte et de qualification des données.

Les comportements de mes clients changent tout le temps :

On réalise toujours une segmentation comportementale avec l’objectif d’isoler des comportements durables. Bien évidemment l’environnement évolue et il est nécessaire de revoir régulièrement ce genre de segmentation.

Mais cette remise à jour se fait au fil de l’eau avec l’enrichissement des données par le suivi des comportements d’achats ou de visites des clients.

Tous les 3 ans environ, il est recommandé de faire des test de pertinence des segments pour s’assurer que les comportements n’ont pas trop changé.

Enfin tous les 5 ans une étude qualitative réduite aux segments qui paraissent les plus touchés par les évolutions de l’environnement est indispensable.

 L’article “mort annoncée d’une Segmentation comportementale”  expliquera comment les actions commerciales d’une entreprise déforment sa segmentation.

Segmentation – 3/ Le comportemental

La segmentation comportementale

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                La segmentation comportementale a commencé à être utilisée en France dans les années 80.

La segmentation RFM était enrichie d’informations sur la consommation des produits par toutes les entreprises qui le pouvaient (il faut disposer de suffisamment de données sur les achats). Mais on ressentait le besoin de mieux comprendre pourquoi les consommateurs réagissaient de telle ou telle manière aux sollicitations commerciales.

La segmentation comportementale vise à saisir le “pourquoi” là ou les méthodes précédentes s’attachaient surtout à expliquer le “comment”. 

La segmentation comportementale passe par la réalisation d’une phase d’étude de la clientèle.

L’étude qualitative :

Une première étape consiste à réaliser une étude qualitative permettant d’identifier les différentes modalités de comportements des clients. Dans le cas d’un établissement financier, on a pu observer que le comportement des clients dépend de l’attachement à la “Marque”, de la localisation des agences (la proximité du lieu des opérations est essentiel) et bien entendu des revenus et du patrimoine.

Une telle étude peut être relativement coûteuse selon le nombre de client, la diversité de la clientèle et le niveau de détail souhaité dans la compréhension des comportements.

L’identification des différents groupes comportementaux revient à construire une typologie.

Il faut ensuite quantifier les différents groupes de comportements.

L’étude qualitative révèle souvent une grande diversité de comportements, mais tous ne pourront pas être retenus.

A ce stade il est essentiel de bien valider les objectifs de la segmentation.

1 / segmentation à vocation marketing :

Lorsqu’une segmentation comportementale est seulement utilisée par le marketing à des fins de créations de produits, d’organisation de campagnes commerciales ou d’analyse des résultats, il est possible de conserver un grand nombres de groupes comportementaux différents. On a affaire à des personnes expérimentées qui peuvent interpréter une grande finesse d’actions et de réactions des clients.

De même s’il s’agit d’utiliser des “moteurs d’offres” sur internet, on a tout loisir de multiplier les types de comportements.

2 / segmentation à vocation stratégiques:

Lorsque la segmentation doit servir à proposer des axes stratégiques à une Direction Générale, il est indispensable de disposer d’un nombre réduit de comportements, bien marqués qui vont permettre de prendre des décisions faciles à communiquer.

3 / segmentation à vocation commerciale :

Lorsque la segmentation doit servir à des commerciaux dans leur rencontres avec les clients, il faut qu’ils soient capables d’associer les comportements proposés à des clients qu’ils rencontrent. Le nombre de segments utilisés dans ce cas sera limité.

Ainsi selon l’objectif de la segmentation on pourra retenir plus ou moins de comportements. Mais on peut aussi organiser un dispositif de “poupées russes ” comme présenté sur l’illustration de l’article. Un nombre réduit de comportements utilisés par les commerciaux et la Direction générale se déclinant en segments plus fins pour les équipes marketing.

L’étude quantitative :

On peut alors passer à l’étude quantitative en sachant à peu près le nombre de segments que l’on recherche dans l’idéal.

C’est une étude lourde, conduite sur des échantillons importants, avec un grand nombre de données. Il ne faut pas sous-estimer le coût et la complexité d’une telle étude. Il est fortement recommandé de la confier à des spécialistes.

Cette étude va permettre d’isoler des groupes ayant peu d’effectifs et d’autres largement représentés.

Lorsque les groupes ont des effectifs trop faibles, il est possible soit de les regrouper avec d’autres comportements assez proches, soit de les conserver malgré tout s’ils représentent un intérêt stratégique.

Ainsi des clients fortement fidélisés à la Marque, réalisant tous leurs achats dans votre entreprise seront peut-être peu nombreux, mais méritent d’être conservés en tant que groupe bien distinct.

L’étude qualitative permet de “redresser” la segmentation en fonction des effectifs des groupes et des objectifs que l’on assigne à la segmentation.

La représentation de la segmentation :

Cet aspect n’est pas le moindre d’une segmentation comportementale.

Il s’agit d’une segmentation qui est représentée sur plusieurs axes (les valeurs de la Marque, l’ancienneté de la relation, la facilité d’accès au produit, la qualité de l’information, la confiance accordée aux réseaux de ventes, le niveau de pression commerciale etc…) et dont la lecture est nécessairement complexe.

Cette complexité est aussi la source d’une grande richesse qui justifie la mise en place d’une telle segmentation.

Grâce à ce type de segmentation, on va pouvoir expliquer pourquoi certains clients ne répondent plus comme avant à nos sollicitations ou pourquoi ils modifient leurs achats ou leur canal d’accès à l’information.

Nous verrons cela plus en détail dans l’article “utilisation de la segmentation comportementale”.

Il est recommandé de travailler avec la Direction de la communication, et éventuellement même avec une agence spécialisée en communication pour bien choisir le modèle de représentation qui sera accepté et compris.

Bien entendu l’exigence de simplification de la représentation dépendra de l’objectif recherché. S’il s’agit d’une représentation destinée aux seules personnes du marketing ou au personnel en contact, la représentation sera différente.

 L’article “Segmentation – 4 / diffusion et utilisation, présente les précautions à prendre pour bien utiliser une segmentation comportementale

Segmentation – 2/ l’équipement

La segmentation par l’équipement

Les premières méthodes de segmentation (R.F.M) se sont avérées trop limitées pour les entreprises qui disposaient d’une large gamme de produits.

Il a fallu les enrichir de l’information sur les produits ou les équipements achetés.

La segmentation RFM pour Récence, Fréquence, Montant, permet d’identifier des groupes de clients en fonction du montant, de la fréquence et de l’ancienneté des derniers achats. Mais pour les grands acteurs de la vente directe, à l’initiative de ce mode de segmentation, il fallait en savoir plus sur les achats des clients.

La prise en compte de l’équipement.

L’évolution de l’informatique, en permettant de stocker l’historique des achats à ouvert la voie à la prise en compte du comportement d’achat dans la construction des segmentations.

Savoir que des clients achètent uniquement des produits de la gamme A ou uniquement des produits de la gamme B, ou savoir encore que d’autres clients achètent à la fois des produits de la gamme A et B, voilà qui ajoute beaucoup à la compréhension des modes d’achat des clients.

L’association de la RFM et de l’équipement

L’association des informations concernant la récence, la fréquence et le montant des achats, au type de produits acheté, crée trop de dimensions pour représenter chaque individu sur un plan.

On passe alors à la construction de segments regroupant des types d’achats

Prenons l’exemple d’une agence de voyage:

Pour organiser ses clients en groupes homogènes (segments), elle va prendre en compte la date du dernier achat, du montant des voyages achetés dans l’année, et de la fréquence des achats réalisés sur la même période, et enfin le type d’achat.

Le type d’achat de voyage peut lui même être une construction réalisée à partir de la nature du produit (vol sec, vol+hôtel, voyage organisé….) et des destinations choisies (Europe, Amérique, Asie, Afrique par exemple)

Comme on le voit la construction devient vite complexe et peut conduire à un grand nombre de segments si on souhaite décrire chaque situation, on est donc conduit à construire des “Groupes” qui rassemblent des comportements d’achats marquant une différence entre les clients.

Les segments RFM / Equipement.

Dans l’exemple ci-dessus, on aura identifier par exemple qu’un groupe de client se distingue par des achats fréquents, uniquement sur des voyages organisés sur plusieurs continents.

Un autre groupe achète aussi fréquemment des voyages organisés, mais seulement sur l’Europe

A l’autre extrémité de cette répartition des clients, on va découvrir un groupe de clients qui n’achète qu’un “vol sec” tous les 3 ans et uniquement sur l’Europe.

A ces groupes sera attaché le montant des achats ou le chiffre d’affaire réalisé.

Il faut trouver un bon équilibre entre le souci de décrire assez finement les comportements d’achat des clients et la nécessité de conserver un nombre réduit de segments.

La segmentation par l’équipement reste encore aujourd’hui très largement utilisée.

Les établissements financiers (sociétés de crédit et banque) utilisent encore très souvent ce type de segmentation.

On va trouver, par exemple, des segments de clients très actifs sur leur compte de dépôt (grand nombre d’opérations par mois) et détenteurs de produits d’épargne disponible (CSL, Livret A), avec un patrimoine globale confié à la banque de X euros, tandis que d’autres disposant aussi d’un compte de dépôt très actif auront également des produits d’épargne disponible, mais en plus seront détenteurs de produits d’épargne longue (Assurance vie, PEA) et un patrimoine globale confié à la banque de XXX euros.

Au total le nombre de segment dépendra de la variété des situations rencontrées dans les comportements d’achats des clients. Mais il faut éviter d’en avoir trop. Au delà d’une trentaine de segments (ce qui est déjà beaucoup), la gestion de cette information devient très difficile.

Les avantages/inconvénients de la segmentation par l’équipement.

La segmentation par l’équipement est beaucoup plus riche que la segmentation RFM. Elle permet déjà de mettre en oeuvre des actions commerciales plus efficaces.

Elle permet par exemple d’identifier des clients dont le comportement d’achat s’améliore et que l’on peut aider à “monter” dans les segments par un dispositif de “récompense” ou de “fidélisation”.

Elle permet aussi d’identifier des clients dont le comportement se dégrade, incitant soit à tenter de les reconquérir, soit à abandonner les efforts commerciaux pour ces clients.

Enfin elle constitue un moyen efficace d’organiser des actions commerciales mieux ciblées.

Pour les clients acheteurs de voyages vers l’Afrique, par exemple, on peut tenter d’augmenter leur fréquence d’achat en leur faisant des propositions d’offres ciblées sur l’Afrique en cours d’année.

Cette méthode de segmentation rencontre toutefois elle aussi ses limites, car elle ne dit pas pourquoi le client achète seulement tel produit à telle fréquence.

      • Pourrait-il acheter d’autres produits chez nous ?
      • Fait-il déjà de tels achats chez un concurrent ?

 L’article “les modalités de segmentation – 3/ La segmentation comportementale“, décrit les amélioration qui ont été apporté à la segmentation par l’équipement.

Segmentation – 1/ R.FM

La segmentation RFM

Parmi les différentes modalités de segmentation, la segmentation R.F.M est certainement la plus ancienne.

R-F-M

pour Récence, Fréquence, Montant.

C’est la segmentation qu’appliquait déjà sans le savoir le boulanger du coin dans les petits villages d’antan. Historiquement elle a été développée par les VPCistes, dans les années 70. Ils n’avaient pas de contacts directs avec leurs clients ou très peu, mais ils pouvaient associer les achats à un client et constituer un historique de ces achats

La Récence.

C’est la date à laquelle monsieur Voisin qui habite juste en face de la boulangerie à fait son dernier achat. Le boulanger se rappelle parfaitement que monsieur Voisin n’est pas venu hier pour acheter son pain de 2 livres. Son dernier achat remonte à il y a deux jours. A ce stade il n’a aucune information sur son comportement et ne sait pas pourquoi il n’est pas passé à la boulangerie. Il sait simplement à quelle date il a effectué son dernier achat.

La Fréquence.

Notre boulanger sait que monsieur Voisin achète un pain de 2 livres chaque jour. C’est la fréquence de ses achats. Le vieux berger qui habite à l’autre bout du village, achète 3 pains par semaines.

La période de définition de la fréquence dépend du cycle de renouvellement ou de consommation du produit.

          • Dans le cas d’un boulanger, la fréquence peut être fixée à la semaine ou même au jour pour une boulangerie de centre urbain.
          • Pour un constructeur automobile le cycle de renouvellement est plus long, on pourra suivre la fréquence d’achat sur une période de 3 ans par exemple.

Le Montant.

Le mot parle de lui même. Il s’agit de calculer le montant des achats sur la fréquence.

Ainsi monsieur Voisin achète 7 pains de 2 livres chaque semaine (fréquence) pou un montant de 14 euros (montant), son dernier achat remonte à hier.

La segmentation RFM peut paraître rudimentaire, mais elle est déjà très utile et très riche lorsqu’on ne peut pas disposer d’information sur le comportement des clients.

Dans l’exemple ci-dessus, le boulanger peut déjà organiser une segmentation qui lui permet d’attribuer une valeur à ces clients (fréquence x montant). Il peut ainsi identifier les clients qui contribuent le plus à son chiffre d’affaire et mettre en place un dispositif simple de fidélisation (technique de fidélisation).

Il peut regrouper dans un segment les clients qui contribuent pour une part significative à son chiffre d’affaire, mais qui ne viennent pas régulièrement chez lui. Il devra réfléchir au moyen de conquérir la part du panier du client qui est dépensé dans une autre boulangerie ou qui est consacré à la consommation d’un produit concurrent comme le pain de mie acheté à l’épicerie (concurrence et part de panier).

On remarquera toutefois qu’il est assez démuni pour imaginer ces stratégies de fidélisation ou de reconquête.

C’est la limite de la segmentation RFM. Elle permet de mesurer, d’identifier les anomalies dans la relation d’achat, mais par d’imaginer simplement des stratégies correctives.

Malgré tout, il ne faut pas sous-estimer la difficulté de construire une bonne segmentation RFM. Une segmentation RFM réalisée avec 3 critères et 3 valeurs donne 27 segments.

Or sur le critère “Montant” par exemple on peut rapidement atteindre un nombre de valeurs élevé. Il faut donc faire des “classes” (voir datamining, la construction des classes) assez larges pour éviter d’avoir trop de segments. Il a fallu attendre l’apparition des premiers ordinateurs dans les entreprises pour généraliser l’utilisation des ces segmentations.

Nous verrons dans le chapitre “les modalités de segmentation – 2/ L’équipement”, comment améliorer ce type de segmentation.

Alors client ou pas client ?

De la difficulté de manier la notion de client

Autrefois, pour les administrations et les services publics, nous étions des “usagers”, traités selon un principe d’absolue égalité.

Pour l’administration, égalité signifiait traitement identique quel que soit le statut du demandeur ou les circonstances de la demande de prestation. Pas de privilège pour les “nantis”, pas de traitement de faveur pour les plus grands consommateurs des services, pas de conditions plus favorables pour les cas particuliers. Un seul service pour tous, prenez la file.

La SNCF et la RATP avaient bien inventé la 1ère et la 2ème classe, mais les conditions d’accès étaient conditionnées par le prix payé, pas par la prise en compte des caractéristiques du client.

La seule catégorie particulière permise au sein des usagers était celle “d’usagé”. On y accédait à force d’avoir lutté contre les tracasseries administratives. Statut atteint quand on n’attendait plus rien, sinon de se faire oublier.

Depuis une dizaine d’année, les services publics remplacent la notion “d’usager” par celle de “client” dans une grande partie de leurs communications à destination du grand public.

Mais la réflexion sur ce statut donne visiblement lieu à des contorsions cérébrales qui valent le détour.

Ainsi les règles de savoir vivre, affichées dans les Tramways Parisiens précise les choses.

Chaque paragraphe commence bien en s’adressant à des “clients”.

Le paragraphe “clients en situation irrégulière” en dit long.

Le titre suggère qu’un client peut se trouver en situation régulière ou irrégulière, il reste malgré tout un client, mais à lire la suite on n’en est plus si sûre.

1 /Le client est tenu de présenter un titre de transport valide”…soit, rien que de très normal, le titre de transport constitue un contrat. Si je n’ai pas de contrat, l’entreprise qui assure ce service n’est pas tenue de me transporter, j’adhère tout à fait.

Plus loin,

2 / est en situation irrégulière toute personne démunie de titre de transport”…..

Là ce n’est plus un client, mais une “personne”.

  • Est-ce l’absence de titre de transport qui fait perdre le statut de client ?
  • Qu’est-ce qui donne donc le statut de client ?
    • La détention d’un titre de transport valide ?
    • ma seule présence dans l’un de ces Tramways ?

Je ne m’opposerais pas à l’idée de retenir comme seuls clients, ceux qui disposent d’un titre de transport valide, mais alors pourquoi ce titre :”clients en situation irrégulière” ?

Dans le chapitre “Règles de civisme”, le paragraphe commence par les mots :

“les clients doivent respecter l’ordre et la tranquillité de tous dans les véhicules”.

Suit une liste de comportements qui nous dérangent tous et qui sont très justement interdits.

Mais cette fois ceux qui ne respectent pas ses règles sont désignés par le terme de “contrevenants”.

Clients ou pas clients ?

“Clients” quand ils sont contrevenants avec un titre de transport,

“personnes” quand il s’agit de contrevenants sans titre de transport ?

Savoir qui sont nos clients, quand ils le deviennent, quand ils ne le sont plus, est une règle indispensable du marketing relationnel.

Segmentez et segmentez encore

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Segmentez, segmentez, il en restera toujours quelque chose.

La segmentation peut s’appliquer aussi bien aux produits, qu’aux offres ou aux clients.

Il s’agit dans tous les cas d’identifier des critères qui vont permettre de regrouper ou de séparer le plus nettement possible des offres, produits ou individus qui doivent faire l’objet d’un traitement distinct.

Le marketing relationnel a toutefois pris l’habitude de privilégier l’angle de lecture « client ». Dans ce cadre, la segmentation peut toujours se ramener à la collecte d’informations sur des clients ou des groupes de clients (ex : marché des plus de 50 ans, marché des jeunes) afin d’isoler des individus ou des groupes auxquels on associera un niveau d’appétence pour une offre ou un niveau de risque de survenance d’un évènement.

  • Prenons un exemple pour illustrer ce point.

Dans le cas de l’assurance automobile. L’assureur cherche à identifier des populations ou groupes d’individus qui présentent un risque plus élevé que les autres d’avoir un accident (« sinistre », dans le langage des assureurs) afin de leur appliquer un tarif (une « prime ») plus élevé couvrant ce risque.

A contrario, il va aussi chercher à identifier des groupes de clients représentant un faible risque de sinistre auxquels il appliquera un tarif plus compétitif. Il devra être d’autant plus agressif sur ce segment de clients que toute la concurrence va chercher à les conquérir.

Ainsi la constitution de groupes de clients « homogènes » vis-à-vis d’un risque d’accident influera sur le montant payé pour couvrir ce risque, mais elle interviendra aussi sur le niveau de marge pratiqué sur les différentes populations dans le souci de répondre à la concurrence.

Pour identifier les groupes de clients « à risque » et ceux qui représentent un risque « faible », on va procéder par analyse.

Imaginons que le problème consiste à « repérer » des clients à fort risque d’accident.

Le principe consiste à trouver dans le fichier des clients,  les caractéristiques des populations qui ont beaucoup d’accidents.

Bien entendu, plus on dispose de données différentes, et de bonne qualité, plus ce sera facile de réaliser ce repérage.

Les outils de datamining (voir le chapitre datamining) vont nous permettre de faire ressortir facilement les critères qui identifient les populations à fort risque d’accident.

On va découvrir par exemple, qu’ils ont leur permis depuis peu, qu’ils ont des voitures puissantes etc.

Les clients qui disposent de ces critères vont former un groupe ou segment auquel on appliquera un prix plus élevé pour couvrir le risque d’accident.

On a créé un segment par rapport à notre objectif de tarification

  • Une segmentation ne peut être conçue qu’en fonction d’un objectif précis

Il n’existe pas de segmentation universelle répondant à tous les besoins.

Avant de concevoir une segmentation, il faut précisément définir ce que l’on veut en faire.

Si plusieurs objectifs sont poursuivis en même temps, il faudra faire des compromis.

Une segmentation peut servir :

  • à créer des offres commerciales adaptées aux différentes populations d’un fichier de clients.
  • à différencier les tarifications
  • à améliorer la pertinence des cibles des actions commerciales
  • à organiser le travail des commerciaux
  • à identifier des risques de non-paiement

etc…

Nous reviendrons sur les objectifs des différentes segmentations, et sur les techniques associées.

Selon l’objectif on peut utiliser différents type de segmentations

  • approche RFM (récence, fréquence, montant)
  • approche produit (en fonction de l’équipement ou des types d’achats)
  • approche par la valeur
  • approche par les objectifs ou les attentes
  • approche par les comportements ou attitudes

(Voir le chapitre les techniques de segmentation)

  • Comment réussir une segmentation ?

Bien définir son objectif,

  • disposer de données suffisantes en variété, en quantité et en qualité (voir le chapitre la collecte et la qualité des données)
  • bien choisir sa technique d’exploration des données (datamining)
  • savoir choisir le type de segmentation qui s’adapte à chaque objectif
  • bien mesurer les moyens dont on disposera pour entretenir la qualité de cette segmentation