Le lien collaborateur-entreprise dépend de notre imaginaire du « travail »

(cet article appartient à une série d’articles issus de la conférence « relation collaborateur-entreprise » organisée par Marketvox : relire l’introduction)

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Culture et imaginaire du travail

La manière dont une entreprise s’organise pour s’adapter aux chocs de transformation de son environnement dépend largement de sa culture.
Tant que la culture de l’entreprise est en résonance avec la culture des acteurs qui la composent, ses choix de transformation sont généralement acceptables et ses acteurs trouvent les ressources nécessaires à la mise en œuvre des évolutions qui leur sont demandées.
Si pour Henri Lefebvre, « la ville est une pensée sur l’homme projetée dans l’espace », alors l’entreprise est une projection de notre imaginaire collectif d’un idéal d’organisation de la production de richesses.
Lorsque le dispositif systémique qu’est l’entreprise, s’ajuste à son environnement à « l’intérieur » des limites du modèle de représentations collectives d’un idéal de production de richesses, les tensions d’ajustement existent mais sont contenues.
Lorsque l’entreprise rompt avec ce que le collectif trouve acceptable, les tensions liées à l’ajustement deviennent plus manifestes.

L’imaginaire du travail a changé au cours de l’histoire : la période aristocratique

De manière sous-jacente, la représentation du travail est un élément structurant de cet imaginaire collectif de la production de richesses.
C’est peu de dire que les représentations du travail et le rapport des travailleurs à leur activité subissent des changements. Il suffit pour s’en convaincre de prendre un peu de recul historique.
On se rappelle que pendant toute la période aristocratique, le travail ne s’adressait qu’aux populations modestes.
Pendant cette période, la société est hiérarchisée et les groupes sociaux sont cloisonnés. L’appartenance à un groupe ne se conteste pas et à chaque groupe sont associés des talents naturels qui vont de soi. C’est la nature, ou le divin qui a donné à chacun ses talents.
Dans cette organisation, la population la plus aisée ne se mêle pas des tâches quotidiennes, de celles qui assurent le fonctionnement de la vie courante. C’est bien par cela qu’elle se distingue (entre autre) des serviteurs, ouvriers, artisans occupés aux tâches « serviles ». Pour les plus riches, le travail n’est même pas une éventualité. Ils se livrent à des activités nobles comme la guerre, la chasse, les arts.
Pour les plus pauvres, le travail est un devoir moral.
En Europe, le Catholicisme, tant qu’il est dominant, va accompagner et légitimer cette représentation du travail des « pauvres ».
Les « Pères de l’Eglise » diffusent une lecture de la Bible  qui alimente cet imaginaire. Ainsi il appartient aux pauvres de « soumettre la terre » pour obéir à l’ordre divin. Travailler est aussi pour eux un devoir vis à vis de la famille dont il faut assurer la subsistance. Enfin la paresse est  un pêché (que celui qui ne travaille pas, ne mange pas non plus).
Le Catholicisme ajoutera une dimension rédemptrice au travail. L’homme en endurant la peine du travail « participe à la souffrance que Christ a lui-même enduré pour nous sauver ».
Le Catholicisme constate que le monde du travail est traversé par le péché, c’est un lieu de jalousie, d’avidité, d’exploitation, de domination est d’asservissement. Mais il faut l’accepter parce que le travail est une peine et qu’il fait partie des tribulations d’ici-bas (Jean Chrysostome 5ème siècle). Ainsi il n’est pas injuste que le travail s’exécute dans la douleur.
Toutefois le travail n’est pas un but en soi. Il peut participer au gain du salut (par sa valeur objective) mais il ne constitue pas le moyen principal d’accès à ce salut.

Le 16ème et le 17ème siècle apportent les premières pierres d’une autre représentation du travail.
La « Renaissance » favorise le développement des idées humanistes. La science progresse, les certitudes concernant les représentations du monde sont bousculées (observations de Copernic, travaux de Galilée). La vision Aristotélicienne d’un monde parfaitement stable et immobile est ébranlée.
La « Réforme » sème les graines d’une autre représentation de l’homme et du travail. Dans l’enseignement de la Réforme, le travail devient une façon de servir Dieu, ce n’est plus une corvée, il devient une occasion de mettre en valeur ses talents qui sont des « dons de Dieu ».

La diffusion de nouvelles représentations du travail est très lente.
Même si quelques érudits perçoivent très tôt les transformations en cours,  modifier les représentations du travail est un long processus.
Le 18ème siècle va pleinement développer les thèses de la Renaissance et s’enrichir de la pensée des philosophes des lumières.
Le 19ème et le 20ème siècle apporteront une profonde rupture dans les représentations du travail, ce sera l’objet d’une prochain article.

 

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