Qu’est-ce qui fait « lien » entre les collaborateurs et leurs entreprises

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Toutes les entreprises perçoivent un changement dans le comportement de leurs collaborateurs et les recommandations pour s’adapter à ce nouvel environnement ne manquent pas…repenser le leadership, instaurer un management bienveillant, développer des entreprises libérées…
Mais avant d’évoquer les solutions, pourquoi ne pas tenter d’éclairer ce qui a changé dans la relation entre les collaborateurs et leur entreprise ?

Et avant cela encore, sans doute faut-il revenir à ce qui fait « lien » entre les collaborateurs et leur entreprise. Pourquoi chaque matin les collaborateurs acceptent-ils de reprendre le chemin de leur travail ? Pourquoi acceptent-ils les frustrations, les déceptions et les échecs de la vie en entreprise ? Ce qui maintient la cohésion de l’entreprise en tant que « collectif » c’est ce que nous appellerons le « pacte » relationnel.

Comment se fabrique le lien entre collaborateurs et entreprises ?

 Un lien basé sur des objectifs communs

L’entreprise est un système social, une organisation d’individus interdépendants qui acceptent de travailler ensemble pour atteindre un objectif qu’ils partagent. Cet objectif collectif, en occident tout au moins, c’est le plus souvent celui d’aller vers un mieux. Ces individus n’ont pas beaucoup d’autres motifs de faire groupe.
L’analyse de l’objectif poursuivi collectivement est une dimension essentielle de la compréhension du « pacte » relationnel qui fonde la vie commune au sein de l’entreprise.
Ce que l’on peut en dire encore, c’est que cet objectif n’est pas déterminé par un choix des dirigeants (l’actionnaire, la direction générale, le manager…). Il résulte des comportements collectifs (influences des tendances sociétales, environnement, culture de l’entreprise) et de la part d’autonomie de chaque individu.

L’accord sur les modes d’adaptation aux évolutions de l’environnement

Ce collectif, autrement dit l’entreprise, vit dans un environnement agité. Il fait face à des chocs externes qui le déstabilisent, mais il doit malgré tout conserver la cohésion de son organisation.
Du point de vue d’une analyse systémique, l’entreprise comme tout « système » est en recherche d’équilibre.
Les chocs qu’elle subit l’obligent à trouver des modes d’ajustement. Elle peut modifier ses objectifs, ses structures, sa culture ou ses moyens techniques.
Toute modification de l’un ou de l’autre de ces facteurs va remettre en cause l’équilibre des 3 autres. Ainsi si je modifie les structures en créant par exemple une Direction du Digital, je remets en débat la distribution des moyens, je crée un questionnement sur les objectifs de l’entreprise et je risque très vraisemblablement de bousculer la culture de l’entreprise.
Toute déstabilisation du « système » aura une influence sur les  interactions entre les collaborateurs. A la faveur de la recherche d’un nouvel équilibre de l’organisation, chacun tentera d’orienter la transformation qui en résulte au profit de sa stratégie personnelle en captant des ressources dont les utilisations sont concurrentes.
La manière dont l’entreprise choisit ses modes d’ajustement éclaire aussi le « pacte » relationnel.

Le « pacte » relationnel ne nécessite pas l’adhésion de tous

Pour que l’organisation fonctionne, il faut qu’un « pacte «  relationnel émerge, mais il ne fait pas nécessairement l’unanimité. Les collaborateurs doivent « délibérer » en permanence sur leur accord avec le « pacte » relationnel qui fait « lien » pour le collectif. En cas de conflit significatif, ils ont à leur disposition toute une panoplie de stratégies qui leur permet de demeurer dans le collectif.
Certains peuvent tenter de profiter de la dynamique de transformation pour faire évoluer le « pacte » relationnel dans un sens qui leur convient mieux. D’autres vont choisir de se « travestir » et de donner le change, tandis que d’autres encore vont s’isoler et « résister » avec un risque fort d’être conduit à terme dans une situation intenable.

Le « pacte » relationnel, un domaine rarement exploré

Ce qui fait lien entre les collaborateurs et leur entreprise est une notion difficile à analyser car elle est faite à la fois de grandes tendances sociétales et d’une somme d’histoires individuelles.
Ce type de phénomène ne se laisse pas facilement appréhender dans nos cultures héritières de la pensée grecque antique qui distingue la vision théorique et la vision pratique.
Platon et Aristote ne nous incitent-ils pas à porter notre regard sur un idéal avant de concevoir l’action ?
Nous sommes toujours tentés de « réduire » pour « modéliser », puis nous tentons de « plier » la réalité à notre représentation, perdant au passage beaucoup de ce qui fait la substance même des choses.
Pour comprendre ce qui fait « lien » entre les collaborateurs et leur entreprise, il sera donc indispensable de repartir des expériences collectives et individuelles.

Au lieu de cela nous nous hâtons vers des solutions.

Dans un prochain article nous aborderons la dimension sociétale du lien entre collaborateurs et entreprises.

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La résistance au changement n’existe pas

Young business woman writing change management concept. Isolated on white.

Je partage assez l’affirmation de François Dupuy qui fustige notre utilisation de phrases toutes faites. Ces phrases que nous ne contestons plus parce que tout le monde les dit.

François Dupuy rattache ce comportement à une paresse intellectuelle.
Personnellement, j’y vois plutôt une simple ignorance par manque de temps et d’intérêt pour les remises en cause.

Ainsi en est-il de  ce concept « de résistance au changement ». Il donne lieu à un florilège de phrases du type « surmontez la résistance au changement », « comment contrer la résistance au changement » etc.

Cette vision de collaborateurs figés dans leur immobilisme, résistant naturellement au changement, est-elle vraiment légitime ?

Nous ne résistons pas naturellement au changement

Peut-être avez-vous, comme moi, pris quelques vacances cet été dans un endroit charmant à la mer ou à la montagne.

Que de changements avons-nous subi.
Fini le lever à 6h pour s’engouffrer dans les transports. On se lève tranquillement pour un petit footing dans la forêt qui nous fera croiser des chevreuils ou pour ramasser des coques sur les rochers.
Fini le déjeuner bâclé en une heure à la cantine. Ce moment de décompression qui libère les critiques sur les collègues, le patron, la boîte.
Au lieu de cela, c’est un déjeuner entre amis, au soleil, suivi d’une petite sieste sous les mûriers.
Enfin fini l’après-midi passé à imaginer le coup tordu du voisin d’étage ou la lecture des comptes rendus de réunions. C’était baignade, marche ou lecture d’un bon roman…

Que de changements…y avez-vous résisté violemment ?

Bien sûr quelques-uns d’entre nous ont résisté. L’intérêt du projet qu’ils avaient lancé avant les vacances, ou l’angoisse de laisser tourner l’entreprise sans eux, leur avaient déjà enlevé tout goût de départ. La pression de la famille les a contraint à l’éloignement, mais le cœur n’y était pas.

Nous évaluons les changements avant d’y contribuer ou d’y résister

Cette démonstration met déjà bien en défaut l’idée d’un principe général de résistance au changement. Il y bien des changements qui ne suscitent aucun résistance.

Le principe caché derrière cette phrase mainte fois entendue « la résistance au changement », tient à un comportement essentiel des humains. Nous disposons de la capacité à comparer en permanence les efforts demandés et le bénéfice qui résultera de ses efforts.

Evidemment cette évaluation est subjective, chacun dispose de sa propre rationalité et développe ses propres enjeux. Mais chaque évaluation est légitime.
Il serait vain de chercher à connaître chacune de ses positions dès lors que les équipes atteignent une certaine taille et les organisations une certaine complexité.

Nous sommes contraints de développer une approche collective

Comment aborder la mise en oeuvre d’un changement

Lorsque nous proposons un changement, nous perturbons des équilibres qui remettent en cause des acquis. Ceux qui sont impliqués dans ce changement vont réévaluer leur intérêt à contribuer à cette organisation.

Il faut admettre que certains y voient une perte et dans ce cas jugent légitime de ne pas adhérer à ce changement.

Mais même dans ce cas, l’expression de la « résistance » n’est pas nécessairement une opposition manifeste.

Les individus qui perdent au change, peuvent adopter des stratégies variées.

Certains par exemple choisiront une stratégie dite « d’investissement ». Elle consiste à s’engager dans la transformation en ayant bien conscience qu’ils y perdent à court terme, mais que des opportunités nouvelles pourraient s’ouvrir plus tard.

Cette approche conduit à ne plus considérer la résistance au changement comme une contrainte naturelle que l’on peut contrer par quelques bonnes recettes, ce qui conduit à bien des déboires.

Mais à analyser bien plutôt en quoi le changement proposé affecte les équilibres instables de la répartition des pouvoirs dans l’entreprise et d’en déduire qui y perd et qui y gagne. Ensuite il s’agit d’évaluer les stratégies qui seront mis en œuvre face à ce type de changement afin d’engager une « négociation ».

C’est une approche bien plus riche, mais beaucoup plus exigeante que de suivre les « 18 trucs pour contrer la résistance au changement ».